Les syndicats appellent à manifester le 28 juin prochain contre la politique gouvernementale et les projets de réforme de tout type, des retraites à l’emploi en passant par la migration, la mendicité ou encore le logement ou le droit du travail au profit de « la solidarité, la démocratie et la justice sociale ». Sur ce dernier point, nous pourrions être d’accord… Si ce n’est que les revendications réelles des syndicats ne sont ni solidaires, ni démocratiques, ni justes. Un décryptage.
- La solidarité intergénérationnelle se construit sur la durée
Les syndicats affirment défendre la solidarité, mais leur approche au niveau des pensions reste centrée sur les intérêts immédiats des salariés en fin de carrière ceux qui bénéficieront notamment du système de pension tel qu’il existe aujourd’hui, sans avoir à se soucier de son avenir. Or, un système solidaire ne peut pas se limiter à préserver les droits de ceux qui partent bientôt à la retraite ou qui y sont déjà. Il doit aussi garantir une pension digne aux jeunes qui commencent leur carrière aujourd’hui.
Préserver notre modèle social, ce n’est pas le figer. C’est anticiper les évolutions démographiques, économiques et budgétaires afin de le renforcer durablement. Refuser toute adaptation aujourd’hui, c’est exposer les jeunes générations à un système fragilisé, sans leur donner les moyens de le corriger à temps.
Ce paradoxe mérite d’ailleurs d’être souligné : d’un côté, les syndicats minimisent les projections – il ne faudrait pas « paniquer » à l’horizon 2070. De l’autre, ils esquivent les discussions à ce sujet, tandis que la moindre suggestion de réforme provoque une réaction immédiate et alarmiste de leur part. Il devient difficile de débattre sereinement quand toute discussion est assimilée à une menace.
L’UEL et ses membres plaident pour une approche responsable et équitable : prendre en compte l’ensemble d’une carrière, garantir une retraite digne pour tous, et concentrer les efforts sur la protection des pensions les plus modestes. C’est cela, la véritable solidarité entre les générations.
- Un débat démocratique et ouvert implique de discuter des sujets qui fâchent
Les syndicats invoquent la démocratie, mais refusent d’y participer pleinement quand elle ne les conforte pas. Mettre des lignes rouges avant toute négociation, quitter la table quand on n’obtient pas gain de cause, mener une politique de chaise vide dans les instances de concertation et de décision de dialogue social, bloquer les débats publics par des appels à la rue: ce n’est pas un exercice démocratique, c’est un refus du dialogue. Dialogue social ne veut pas dire diktat syndical.
La démocratie sociale, ce n’est pas la dictature des slogans. C’est le travail patient entre partenaires sociaux, avec des désaccords, des compromis, des responsabilités partagées. L’UEL et ses membres s’y engagent au quotidien, dans tous les groupes de travail, dans toutes les consultations, y compris sur les sujets les plus sensibles.
Et surtout, les syndicats ne représentent pas à eux seuls la société civile luxembourgeoise. Les indépendants, les petites entreprises, les jeunes actifs, les nombreux ( !) travailleurs résidents et frontaliers non syndiqués – tous ont aussi droit à la parole. C’est cela, le vrai vivre-ensemble.
- La justice sociale, c’est réduire les écarts et assurer l’équilibre au niveau collectif
La justice sociale est avant tout un principe d’équité dans la répartition des ressources, des droits et des responsabilités au sein de la société. Elle vise à réduire les inégalités, à répartir équitablement les efforts et à promouvoir la solidarité entre les générations.
Les revendications syndicales, en rejetant toute réforme, tout dialogue et toute perspective de changement, défendent un statu quo qui profite à certains mais qui met en danger l’équilibre collectif. La justice sociale, ce n’est pas promettre plus à tout le monde sans se soucier de demain. C’est mettre fin à des distorsions, comme celles qui permettent aujourd’hui à certains retraités de toucher davantage qu’un actif à plein temps, et mieux soutenir ceux qui en ont réellement besoin.
- Agir pour l’intérêt général
Défendre la solidarité, la démocratie et la justice sociale, ce n’est pas camper sur des acquis. C’est avoir le courage d’adapter notre modèle aux réalités d’aujourd’hui, pour qu’il tienne encore demain – pour tous.
L’UEL, avec les soutiens de ses membres, est prête à assumer ses responsabilités. Le Luxembourg est dans une situation inédite depuis 20 voire 30 ans avec une économie qui va mal et des réformes à la hauteur des enjeux qui tardent. Et si défendre l’intérêt général, c’était d’abord accepter d’en débattre justement ?